La méthode Bonapace, une préparation à l’accouchement

Julie Bonapace répond à nos questions pour nous aider à comprendre en quoi la méthode Bonapace peut nous aider à préparer un accouchement.

accoucher sans douleur

La méthode Bonapace permet de se préparer à l’accouchement

Les objectifs de la méthode Bonapace

La méthode Bonapace a pour but d’aider les futurs parents à mieux entrer dans leur rôle et leur donner confiance en leurs capacités. Elle vise à préparer l’accouchement afin qu’il soit vécu le mieux possible par le père et la mère. Cette préparation à l’accouchement offre des outils pour réduire la douleur du travail et de l’accouchement et donne toutes les clés aux futurs parents pour faire des choix éclairés. Elle souhaite enfin encourager la participation du père ou partenaire pendant l’accouchement.

La gestion de la douleur

La gestion de la douleur dans la méthode Bonapace s’appuie sur 3 points :

  1. Contrôler la pensée. La méthode apprend à la mère à visualiser, à se relaxer et à respirer afin qu’elle gère au mieux la douleur. Ceci s’effectue par la compréhension de l’accouchement, son déroulement et ses différents stades ainsi qu’à la répétition d’un mécanisme permettant une redirection de la douleur.

  2. La théorie du portillon. Elle consiste en l’atténuation du message de douleur qui se rend au cerveau par des sensations agréables qui sont faites à l’endroit où la douleur est ressentie. Plusieurs techniques peuvent être utilisées, tels que des massages légers réalisés par le père, sur les zones douloureuses, pendant les contractions, afin de diminuer l’intensité de la sensation de douleur.

  3. La création d’une douleur secondaire. Le père effectue des massages douloureux sur des points précis d’acupuncture, la pression crée une seconde douleur. Ces points sont aussi connus pour améliorer les issues de l’accouchement, en favorisant une meilleure position du fœtus, des contractions plus efficaces ou une action sur le col de l’utérus.

Une gestion de la douleur non médicamenteuse permet le relâchement complet des hormones naturelles qui sont à la base de l’attachement entre la mère et l’enfant et qui assurent la survie de notre espèce. Être mieux informé sur ses choix et ses options permet de prendre à chaque moment les meilleures décisions pour soi. De ne pas se fermer complètement à la pharmacologie mais à l’utiliser comme alternative et si possible de repousser le moment où la péridurale est utilisée. Si ce produit permet -dans certains cas- de diminuer la douleur, il présente également nombre d’effets secondaires. Une étude a montré que la méthode Bonapace permettait une diminution de la sensation de douleur de 50 % de plus que les méthodes conventionnelles de préparation à l’accouchement.

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Julie Bonapace a mis au point une méthode de préparation à l’accouchement

L’interview

Julie Bonapace a mis au point la méthode homonyme. Elle a accepté de répondre à nos questions.

Rédactibio : Si vous deviez définir la méthode Bonapace en 3 mots, lesquels utiliseriez-vous ?

Julie Bonapace : Confiance, outils, couple

R. : Comment avez-vous créé la méthode Bonapace ?
J. B. : C’est dans le cadre de mes activités professionnelles à titre de médiatrice familiale accréditée pour le ministère de la Justice que j’ai eu l’idée de mettre au point la méthode. Je négociais alors des divorces. Pour bien comprendre la situation du couple, je leur demandais de me raconter leur rencontre, leur vie passée alors qu’ils étaient toujours amoureux et l’élément déclencheur qui a fait basculer leur relation. Pourquoi ce couple était-il en instance de divorce aujourd’hui? Je savais bien qu’il était trop tard, une fois dans mon bureau, mais je souhaitais comprendre leur situation particulière. Je me suis rendue compte que la plupart du temps, on arrivait sur la période de la naissance des enfants comme point d’achoppement. Comment se pouvait-il qu’un événement heureux, comme la naissance d’un enfant, puisse également symboliser l’éloignement du couple? Chacun avait ses raisons. La femme se sentait souvent débordée et fatiguée, l’homme ne participait pas suffisamment au quotidien et à l’éducation des enfants… L’homme, lui, se sentait exclu, isolé, peu considéré et sa femme était plus distante, froide et peu affectueuse sexuellement. J’ai dès lors constaté l’importance d’inclure le père dans le processus de la naissance d’un enfant pour prévenir les divorces qui peuvent être associés à ce changement de mode de vie. En effet, les études démontrent qu’un père actif pendant la grossesse sera davantage soucieux de s’occuper de l’éducation des enfants que ceux qui se sont tenus à l’écart du processus de la naissance. Il a aussi été démontré que les pères qui participent à un accouchement seront moins sujets à divorcer.
L’idée de départ vient donc de ce constat, elle s’est ensuite enrichie grâce à de nombreuses expériences et influences. J’ai toujours été quelqu’un de très connecté à son corps. Depuis que je suis jeune, je pratique des sports extrêmes, je suis à la recherche d’une spiritualité profonde, j’ai donc beaucoup étudié les religions et le chamanisme, les médecines énergétiques aussi. Ma pratique du yoga et son étude sérieuse dans des Ashram m’a permis d’entrevoir les bénéfices des techniques de respiration, de visualisation et de contrôle de la pensée que je me suis mise à utiliser quotidiennement. Puis, quand je suis tombée enceinte, il m’est venu naturellement de réfléchir à travers toutes ces expériences à la meilleure manière de me préparer pour l’accouchement. Puis, il s’est avéré que j’ai pu mettre en pratique mes réflexions rapidement, puisque j’ai remplacé quelqu’un au pied levé pour enseigner les cours de préparation à la naissance à Rouyn-Noranda. De nature très intuitive, j’ai commencé à me rapprocher sensiblement de ce qu’est devenu la méthode Bonapace en expérimentant avec les parents que j’ai formés. Puis, j’ai étudié dans un laboratoire de recherche sur la douleur avec le chercheur Serge Marchand qui m’a permis de comprendre tous les mécanismes neurophysiologiques à l’œuvre dans la méthode Bonapace et comment ils s’activaient.
R. : Quels étaient vos objectifs au début de votre carrière ? Et maintenant ?

J. B. : Comme vous avez pu le constater, je suis passée de la relation d’aide et de médiation à celle de spécialiste en éducation puis chercheure sur la neurophysiologie de la douleur. Ma carrière n’a pas été linéaire mais chaque expérience a été enrichissante et m’a permis d’être là où je suis aujourd’hui. Mes ambitions aujourd’hui sont grandes… Je veux humaniser la naissance, redonner du pouvoir aux femmes et le contrôle de leur accouchement aux couples. Je souhaite contribuer à l’amélioration des issues de l’accouchement pour les mères et les bébés en faisant connaître les ressources endogènes que possèdent les femmes pour accoucher. J’espère voir les taux d’intervention diminuer dans nos hôpitaux. Et je souhaite par dessus tout renforcer les compétences du couple et leur complicité.

R. : Que faisiez-vous avant (si vous avez exercé dans un autre domaine) ? Depuis combien de temps exercez-vous ?

J. B. : Je négociais des divorces à titre de médiatrice familiale pour le ministère de la Justice. C’est en 1989 que j’ai développé la méthode Bonapace et depuis j’offre des ateliers prénataux aux parents pour leur enseigner cette méthode et des stages aux professionnels dans le domaine de la santé afin qu’ils la mettent en oeuvre dans leur travail, et ce dans plus de 15 pays différents.

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Connaitre les mécanismes de l’accouchement permet de réduire le stress

R. : Quelle(s) formation(s)/école(s) avez-vous suivie(s) ?

J. B. : J’ai suivi des études en relation d’aide, en médiation, en droit et en éducation, pendant ma maîtrise j’ai effectué mes travaux de recherche au sein d’un laboratoire canadien de recherche sur la douleur.

J’avais pensé à des études en droit quand j’étais jeune parce que je voulais travailler en diplomatie et contribuer à sauver le monde. Aujourd’hui, j’améliore le monde en améliorant la naissance. Ce qui est encore plus grand et plus beau.

R. : Qu’est-ce que vous apporte la méthode Bonapace ? Quels bénéfices en tirez-vous ? Pourquoi avoir choisi cette discipline ?

J. B. : Travailler auprès des parents en attente d’un enfant est un cadeau extraordinaire. J’éprouve chaque jour de la gratitude pour le travail que je fais, pour mon équipe qui m’entoure et pour toutes les personnes de mon réseau qui œuvrent à améliorer la naissance dans le monde. Je reçois de nombreux témoignages des parents que nous soutenons et cela n’a pas de prix.

R. : Pourquoi recommanderiez-vous (ou pas) à quelqu’un de devenir praticien ?

J. B. : Les parents réclament des outils pour mieux vivre leur accouchement et savoir quoi faire lors du jour J. Les nouvelles infirmières et les nouveaux médecins connaissent peu les méthodes non pharmacologiques pour réduire la douleur. Les professionnels de la santé qui ont soutenu les parents du temps où la péridurale n’existait pas ont plus d’expérience et une meilleure idée de comment ils peuvent gérer la douleur de l’accouchement. Dans plusieurs pays à travers le monde les femmes ne voient que des sages-femmes, les médecins spécialistes (obstétriciens) n’interviennent que lors de complications.
Les spécialistes de la périnatalité, dont les sages-femmes, sentent le besoin d’être formés aux approches non pharmacologiques. De plus, ils sont conscients de la cascade des interventions médicales (augmentation du travail avec une hormone, forceps, ventouses, épisiotomies) qui surviennent lorsque la douleur est mal gérée.

Au Québec, c’est autant le corps médical que les parents qui s’intéressent à la méthode Bonapace. C’est également la volonté du gouvernement québécois, inscrit dans le rapport de la politique de périnatalité québécoise, de réduire les interventions médicales lors des accouchements.

Je recommanderais donc fortement à tout professionnel soucieux de soutenir les parents lors de la naissance de leur enfant de suivre une formation à la méthode Bonapace.

R. : Pourquoi recommanderiez-vous (ou pas) une séance de méthode Bonapace ?

J. B. : En plus de fournir des informations sur les phases du travail et les positions pendant la grossesse et l’accouchement, la méthode Bonapace se base notamment sur trois mécanismes endogènes : le massage non douloureux, le massage douloureux et le contrôle par les centres supérieurs du cerveau ou le détournement de l’attention de la douleur. Son programme est développé selon une approche pédagogique à la fois cognitive, visuelle et kinesthésique qui a notamment comme objectif d’optimiser la participation des pères pendant l’accouchement.

De plus en plus de femmes cherchent à prendre le contrôle de leur accouchement, afin de pouvoir vivre une expérience naturelle. Elles délaissent alors les cours prénataux traditionnels et cherchent plutôt des outils afin d’atteindre cet objectif. Les hommes, pour leur part, expriment leur besoin de se sentir utiles et compétents lors de la naissance de leur enfant. La méthode Bonapace est alors toute indiquée. Nous encourageons tous les futurs parents à bien se préparer pour l’accouchement. Nous recommandons habituellement de suivre les ateliers prénataux de la méthode Bonapace à partir de la 24e semaine de grossesse.

R. : Est-ce adapté à tout le monde ? Dans quels cas (s’il y en a) refusez-vous une séance ?

J. B. : Les ateliers de la méthode Bonapace permettent aux parents d’apprendre le déroulement d’un accouchement physiologique, de connaître la différence entre un accouchement naturel et un accouchement médicalisé et de connaître les ressources que le corps possède pour faire face à ce moment intense de la vie. Les parents repartent avec des outils pratiques pour préparer la naissance de leur enfant et pour prendre en main leur accouchement. Ils apprennent aussi à lâcher prise sur les éléments qu’ils ne peuvent pas contrôler et à faire confiance à leur corps. Ces apprentissages leur sont très utiles pour mettre leur enfant au monde, mais aussi pour de nombreuses autres situation de la vie courante.

Les ateliers sont donc adaptés à tout futur parent, qu’on ait accouché avant ou non, qu’on ait des idées préconçues de l’accouchement ou non, qu’on ait peur de l’accouchement ou non, qu’on souhaite un accouchement naturel ou non… L’atelier fournit de nombreux outils et chacun y trouvera son compte.

R. : Comment se déroule une séance ?

J. B. : Une partie du contenu de l’atelier prénatal est offert en ligne à l’aide de vidéos, de lectures et d’audios, puis il y a une partie pratique qui se donne soit en groupe soit en personne dans différents lieux au Canada, soit en e-coaching en vidéoconférence avec un formateur. Le formateur Bonapace enseigne aux futurs parents des positions, des massages bénéfiques durant la grossesse, dispense des informations sur les mécanismes de gestion et de modulation de la douleur des contractions ainsi que sur les différentes phases du travail et propose des exercices pratiques. La méthode Bonapace se démarque des préparations prénatales conventionnelles puisqu’elle propose un modèle non pharmacologique pour gérer la douleur de l’accouchement. Elle se base sur trois mécanismes endogènes : le massage non douloureux, le massage douloureux et le contrôle par les centres supérieurs du cerveau ou le détournement de l’attention de la douleur.

Premier mécanisme : le massage non douloureux
Il se base sur la théorie du portillon (Melzack, Wall et all. 1965). Selon celle-ci, la stimulation non douloureuse par un massage léger de la zone douloureuse active les grosses fibres afférentes qui inhibent les plus petites fibres qui transmettent la nociception (la perception des stimulation produisant la douleur). Lors des ateliers Bonapace, la sage-femme apprend au père à masser doucement sa partenaire dans le bas du dos, sur l’abdomen et les cuisses. Il est encouragé à mettre en application ce type de massage entre les contractions.
Deuxième mécanisme : créer une seconde douleur

Il se base sur la notion des contrôles inhibiteurs diffus nociceptifs (CIDN) (Le Bars, Dickenson et al. 1979a ; Le Bars, Dickenson et al. 1979b). Le CIDN consiste à stimuler une zone entre autres par le massage profond sur des zones réflexes de d’acupuncture parfois éloignées des sites douloureux. Lors de ce type de massage, le cerveau de la mère met de côté la douleur de la contraction pour se concentrer sur le deuxième site de douleur. Des endorphines, une morphine endogène qui est présente dans l’organisme, sont libérées et soulagent la douleur dans tout le corps pour ne laisser comme sensation douloureuse que la zone stimulée. Ainsi, dans les leçons de préparation à l’accouchement, le père apprend à exercer pendant les contractions une pression douloureuse sur des zones réflexes du corps de sa partenaire.

Troisième mécanisme : détourner l’attention de la douleur

Il se base sur la notion du contrôle de la douleur dans les centres supérieurs du cerveau. Dans cette région, les messages nociceptifs établissent des liens directs et indirects vers d’autres régions cérébrales. Ces dernières sont associées étroitement à la mémoire et aux émotions. Par conséquent, les images et les messages qui s’y trouvent influent sur la manière que la douleur sera perçue (Lenz, Gracely et al. 1997). Si la contraction est, pour la femme, synonyme d’angoisse, la douleur sera perçue comme étant très désagréable. Par ailleurs, si cette même femme se répète que c’est grâce à elle que le bébé peut naître, et que la douleur lui permettra de voir son enfant, la perception qu’elle aura de la douleur sera transformée. Tout au long des leçons prénatales, le couple reçoit une préparation dans ce sens. Pendant l’accouchement, le père est amené à effectuer avec sa partenaire des exercices de respiration, de relaxation et de sophrologie.

R. : Quel est votre objectif lors d’une séance ?

J. B. : Nous enseignons aux parents plusieurs techniques afin qu’ils puissent avoir de nombreux outils à leur disposition le jour de l’accouchement. Mais l’objectif principal ce n’est pas qu’ils maîtrisent tous les outils, c’est bien s’ils y arrivent, certains fonctionneront bien, d’autres moins bien, ce qui compte c’est qu’ils aient confiance. Nous souhaitons que la mère ait confiance en ses ressources endogènes pour donner naissance et confiance en son partenaire pour la soutenir. Nous souhaitons que le père ait confiance en sa partenaire et qu’il lui offre un soutien aimant et inconditionnel.

R. : Aimeriez-vous rajouter quelque chose ?

J. B. : On est parfois obnubilé par la technologie aujourd’hui et on oublie que l’accouchement est un événement naturel qui se produit depuis des milliers d’années, voire des millions si nous parlons des mammifères dans leur ensemble. Nous possédons donc les ressources qu’il faut pour nous reproduire et pour mettre au monde notre progéniture.

Pendant nos ateliers, j’invite les gens à réfléchir sur le sens de la douleur à l’accouchement. À l’accouchement, la douleur donne une information, le bébé arrive. Elle va aussi aider à bien marquer l’événement de la naissance. Elle est donc importante. Elle nous renseigne sur l’évolution du travail. On ne cherche pas à la supprimer complètement, mais à la moduler, à la rendre supportable, parfois même agréable. Je travaille avec d’autres professionnels qui parlent d’accouchement orgasmique ou extatique… nous n’y sommes pas encore dans notre culture… mais sait-on jamais !? Il faut changer notre perception de l’accouchement et de la douleur qui y est associée.

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Comment avez-vous préparé votre accouchement ?

Conclusion

La méthode Bonapace permet aux deux parents de s’impliquer dans la grossesse et de se projeter dans l’accouchement. Elle favorise une diminution du stress qui peut être lié à ce moment particulier, une diminution de la douleur pour la maman et favorise la mise en place du lien parents-enfant.
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