C’est pour ton bien d’Alice Miller – 2

Ce deuxième billet aborde la fin de la première partie et la deuxième partie du livre C’est pour ton bien de A. Miller.

Dans la première partie, nous avons vu que la plupart des adultes idéalisent leur enfance. Ceci est le principal frein à la sortie de la pédagogie noire.

 

C'est pour ton bien

C’est pour ton bien d’Alice Miller, aux éditions Aubier

L’auteure est convaincue de la nocivité de l’éducation car elle reflète les besoins de l’éducateur et pas ceux de l’enfant. L’assouvissement de ces besoins n’est donc pas en lien avec le développement de l’enfant. Ils sont au nombre de 7 :

  1. le besoin de reporter sur autrui les humiliations subies,
  2. le besoin de trouver un exutoire aux affects refoulés,
  3. le besoin de posséder un objet vivant,
  4. le besoin de préserver l’idéalisation de son enfance et de ses parents,
  5. la peur de liberté,
  6. la peur de la réémergence du refoulé, tué chez soi mais que l’on doit à nouveau tuer chez son enfant,
  7. le besoin de vengeance pour les souffrances subies.

Le but n’est pas de laisser l’enfant livré à lui-même mais de lui mettre des limites dictées par la propre liberté de l’éducateur. Un bon accompagnement doit respecter l’enfant et ses droits et tolérer ses sentiments. Il doit également permettre à l’adulte de faire le deuil de son enfance et d’apprendre de l’enfant.

La pédagogie noire engendre chez les adultes l’incapacité de s’occuper d’enfants car :

  • si les parents ont été obligés de refouler leurs sentiments étant enfants, ils ne pourront pas s’appuyer dessus pour accompagner les jeunes. Ils devront alors recourir à des principes éducationnels.
  • Si on interdit à un enfant d’exprimer ses besoins et de défendre ses intérêts, il se retrouve une fois adulte incapable de s’orienter. Il ne peut que reproduire des règles d’éducation, sans savoir si elles sont adaptées à la situation.
  • L’enfant étant utilisé comme substitut des grands-parents, il est l’objet de désirs et d’espoirs contradictoires, qui provoquent souvent chez lui de l’agressivité. Ceci sert de prétexte à des mesures encore plus sévères de la part de l’adulte.
famille

Si l’enfant est autorisé à exprimer ses sentiments, il peut affronter sereinement la vie

2. Le dernier acte du drame muet : le monde reste épouvanté

La puberté correspond à une explosion des sentiments. Un enfant élevé dans la pédagogie noire, qui a été obligé de les refouler, peut interpréter le fait de les laisser s’exprimer comme un risque pour la santé psychique de ses parents. C’est ces enfants qui vont devenir anorexiques ou encore toxicomanes.

Les mauvais traitements infligés aux enfants, couplés à l’idéalisation des parents, les empêchent de montrer de l’empathie pour ce qu’ils ont subi et par extension de montrer de l’empathie aux autres. Seul être écouté par un adulte peut leur permettre de donner tout leur poids aux évènements traumatiques au lieu de les refouler.

Lors de la rédaction de ce livre, Alice Miller s’est intéressée à l’enfance d’Adolf Hitler. Est-ce-que le traitement qu’il a reçu étant enfant peut expliquer son comportement d’adulte ? Et par là le destin de tout un peuple ? Le père d’Adolf, Aloïs, est né d’une fille de ferme célibataire. Adolf n’a jamais connu son père et ne sait pas qui il est. A ses 5 ans, sa mère le place chez un frère de son nouvel époux, sans doute car elle ne pouvait subvenir à ses besoins. Aloïs, alcoolique, bat Adolf plus souvent qu’à son tour et l’humilie quand il en a l’occasion. Adolf a grandi dans l’angoisse de la menace et a du réprimer les sentiments provoqués par les mauvais traitements qu’il a subi. Son père le sifflait pour le faire venir, lui attribuant la même place que le chien. Alice Miller suppose qu’il a réussi à transférer son traumatisme à l’ensemble de l’Allemagne. On peut faire le lien entre le fait qu’il ne connaissait pas son grand-père, les rumeurs le disant juif et celui qu’Hitler ai obligé ses concitoyens à prouver qu’il ne soit pas juif en remontant jusqu’à la troisième génération.

En partant du principe que les Juifs représentent symboliquement pour Hitler son père, leur persécution lui a permis de :

  • se venger de lui,
  • libérer l’Allemagne/sa mère des juifs/son père,
  • être aimé de sa mère/Allemagne,
  • réaliser une inversion des rôles en devenant celui à qui tout le monde doit obéissance, le dictateur,
  • persécuter en lui-même l’enfant faible représenté par les juifs.

L’exemple d’Hitler est ici employé pour démontrer qu’on ne naît pas criminel mais que cela sert de défense contre le rôle de victime imposé à l’enfant. Dans cet exemple l’impossibilité d’exprimer ses sentiments liés aux mauvais traitements mène à la haine et la destruction de l’autre, mais elle peut parfois se transformer en autodestruction.

Puis Alice Miller s’intéresse au cas de Jürgen Bartsch qui a torturé, tué et découpé des petits garçons. Bartsch a été séparé de sa mère à sa naissance. Elle meurt quelques semaines plus tard. Il reste à l’hôpital jusqu’à ses 11 mois puis est recueilli par un couple de bouchers. Il est élevé par sa mère adoptive. Maniaque, elle ne change pas ses couches elle-même et lui donne son bain jusqu’à ses 19 ans. Elle le couvre de bleus même lorsqu’il est bébé, son père crie et on l’empêche de rencontrer d’autres enfants. Il est abusé par son cousin à 8 ans. A 10 ans, il va dans un petit pensionnat puis à 12 dans un autre réservé aux enfants difficiles qui sont élevés dans une discipline militaire, où il est abusé par le directeur et battu. Ce que Bartsch fait subir aux enfants représente une répétition de ce qu’il lui a été fait, plus en tant que victime mais cette fois en tant que bourreau.

Les cas présentés dans ce chapitre ont des points communs :

  • ils présentent une destructivité,
  • elle permet la décharge de la haine accumulée par l’enfant,
  • les individus ont été, pendant leur enfance, maltraités. Ils ont grandi dans un climat de cruauté,
  • la réaction à ces mauvais traitements a été interdite par l’éducation,
  • les enfants n’avaient aucun adulte à qui se confier,
  • une fois adulte ils ont besoin de dire au monde ce qu’ils ont subi,
  • la parole leur ayant été interdite, ils ne peuvent communiquer que sous la forme d’une mise en scène,
  • c’est cette mise en scène qui provoque l’horreur et pas les mauvais traitements infligés aux enfants,
  • l’horreur leur apporte de l’attention, mais pernicieuse,
  • le besoin de tendresse de ces enfants, allié à l’émergence des pulsions destructrices de l’enfance, sont la source des mises en scène.
éducation

Les enfants ont besoin de tendresse

Les compulsions de répétition, créées par l’espoir de trouver une vie meilleure en recréant les mêmes constellations, sont présentes lorsque la cruauté que l’on a subie a été infligée si tôt que la mémoire ne peut pas l’atteindre. Il est alors nécessaire de faire acte de cette cruauté, sur soi ou sur les autres. Si l’on a des enfants, les victimes sont toutes désignées. Dans tous les cas, n’est nulle part présent l’enfant mauvais qu’il faut à tout prix éduquer pour son bien, mais seulement des enfants laissés seuls face à leurs persécuteurs.

La troisième partie du livre aborde les sentiments liés à la voie de la conciliation.

C’est pour ton bien, Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant, in l’essentiel d’Alice Miller, Alice Miller, 280 p., ed. Flammarion

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