C’est pour ton bien d’Alice Miller – 1

C’est pour ton bien traite de l’éducation des enfants et des ravages qu’elle peut provoquer. A lire par tous les enfants, même devenus grands.

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C’est pour ton bien, Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant aux éditions Aubier

L’auteure Alice Miller

Alice Miller né en 1923 en Pologne. Elle grandit dans une famille juive pratiquante très stricte. Elle refuse d’obéir aux ordres de ses parents sans les comprendre et leur demande des explications. Elle fait alors face à un comportement répressif de leur part. Pour se protéger elle se mut dans le silence. C’est ainsi que commencent à se former les idées qu’elle passera sa vie à étudier, dont le fait que si vos parents nient vos besoins alors en retour vous perdrez toute considération pour eux.

Elle vécut la seconde guerre mondiale et sera amenée à se demander comment des gens ordinaires peuvent en venir à vouloir exterminer l’autre sans aucune émotion.

Après la guerre elle passe un doctorat de philosophie et de psychologie. Là encore elle se retrouve enfermé dans les carcans d’un mode de pensée dont il ne faut pas sortir.

Avec le temps, les enfants oublient tout ce qu’ils ont vécu dans la toute petite enfance. Si l’on parvient alors à leur ôter la volonté, par la suite ils ne se souviendront jamais d’en avoir eu une, et l’intensité des moyens que l’on aura dû mettre en œuvre ne pourra donc pas avoir de conséquences néfastes. (1748)

Votre fils veut vous prendre le pouvoir et vous êtes en droit de combattre la force par la force, pour raffermir votre autorité, sans quoi il n’est pas d’éducation. Cette correction ne doit pas être purement mécanique mais le convaincre que vous êtes son maître. (1752)

Je considérais comme mon premier devoir de porter secours en cas de besoin et de me soumettre à tous les ordres, à tous les désirs, de mes parents, de mes instituteurs, de monsieur le curé, de tous les adultes et même des domestiques. A mes yeux, ils avaient toujours raison quoi qu’ils eussent dit. Ces principes de mon éducation ont pénétré tout mon être. (Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz)

  1. L’éducation ou la persécution du vivant

L’éducation par les parents de leurs enfants peut être violente, voire traumatisante pour ces derniers. Cependant, l’amour parental les empêche de voir ces traumatismes, qui peuvent perdurer une vie entière.

Certains manuels d’éducation, et certains parents, pensent qu’il faut très tôt, dès les premiers mois de l’enfant, commencer à l’éduquer afin de le libérer des germes du mal. Ainsi si les pleurs du bébé ne proviennent pas d’un inconfort physique, il s’agit forcément d’une forte tête qu’il faut commencer à mater. Il est donc conseillé d’avoir des formules sévères ou des gestes de menaces, ou pourquoi pas de taper le lit. Si cela ne suffit pas alors on pourra passer à « des admonestations physiquement tangibles, demeurant bien évidemment assez légères mais réitérées » jusqu’à ce que l’enfant s’endorme. Ces méthodes permettent d’être maître de l’enfant pour toujours. D’ailleurs « il faut bien penser que c’est le plus grand bienfait que l’on puisse apporter à l’enfant, dans la mesure où on lui épargne ainsi de nombreuses heures d’agitation qui nuiraient à son développement ».

Au cours de ses psychanalyses, Miller a remarqué que les personnes éduquées de cette manière ne se rendaient pas compte d’être exploitées tant qu’on leur parle de manière aimable.

Avant l’âge de 2 ans, l’enfant ne peut pas se défendre. Si les parents l’empêchent alors de réagir (en pleurant, criant, en étant en colère), peut importe la manière employée, cela va créer chez l’enfant devenu adulte de graves troubles. D’ailleurs, l’origine des névroses ne tient pas dans ce qui s’est passé mais dans l’obligation de refoulement.

Alice Miller

La pédagogie noire est un ensemble de règles permettant de se faire obéir par l’enfant

La pédagogie noire, livre de Katharina Rutschky, est un recueil de textes évoquant l’éducation des enfants. Dans ces textes tous les moyens sont bon pour empêcher l’enfant d’être capricieux (entendez par là d’exprimer ses sentiments tels que la colère ou la tristesse) ou de lutter contre sa volonté de devenir le maître de la maison. Ceci doit s’appliquer à tous les domaines de la vie, de la nourriture au sommeil en passant par les vêtements. Dans aucun cas l’adulte ne doit céder aux caprices de l’enfant. Si l’on s’y prend assez tôt, obéir aux adultes en toute chose sans discuter, sans même réfléchir, deviendra un automatisme et l’enfant oubliera qu’il a pu penser par lui-même.

Un enfant qui est habitué à obéir à ses parents se soumettra sans difficultés aux lois et aux règles de la raison une fois libre et devenu son propre maître, parce qu’il aura déjà pris l’habitude de ne pas agir selon sa volonté.

Il est par la suite souligné que si l’on s’y est mal pris les 2 premières années il devient alors plus dur d’arriver à son but. Les premières années présentent également l’avantage que l’on peut utiliser la force.

La difficulté pour l’adulte est alors de savoir que sa volonté a été brisé alors qu’il n’a jamais eu l’occasion d’en faire l’expérience. Et lorsque ces enfants devenus grands ont des enfants à leur tour, ils peuvent assouvir leur soif de vengeance d’avoir été maltraités.

De plus, un des autres problèmes liés à la pédagogie noire, outre celui que l’enfant est malmené par ses parents, censés le protéger, alors qu’il ne peut pas se défendre, est que l’enfant doit respect aux parents. Il est donc dans l’impossibilité de prendre du recul vis-à-vis du comportement de ses éducateurs.

La manipulation et l’humiliation y sont présentés comme une méthode sûre de se faire obéir de l’enfant. De même un éducateur doit s’exercer à la répression totale de ses sentiments. La méchanceté est supposée naître de l’agitation engendrée lorsque le bébé n’a pas ce qu’il veut. Ce comportement violent aussi doit être éradiqué. Le but est alors d’annihiler la vie, qui est perçue comme une menace. Le fait qu’aucun sentiment (« bon » comme « mauvais ») ne puisse se développer sans l’expression de cette « violence » est occulté de la pédagogie noire. La volonté de savoir des enfants aussi est éteinte, car dangereuse pour l’éducateur. De même, l’impulsion maternelle est assimilée à de la mièvrerie qui interfère avec le processus d’éducation.

A l’âge adulte, un individu élevé selon ces principes continuera à se protéger des sanctions en obéissant aveuglément, tout comme lorsqu’il était enfant. En outre il participera gaiement au système répressif. Il pourra aller jusqu’à persécuter ou torturer sans aucune mauvaise conscience. Il calquera sa volonté à celle du représentant de l’autorité, c’est-à-dire du gouvernement.

Les questionnements de l’enfant sur le sexe ou son corps sont vus comme une perversion et risquent de de mettre en péril leur innocence. Certains éducateurs ont d’ailleurs conseillé d’y remédier en les exposant à des cadavres. Dans tous les cas le recours au dégout est systématique, ce qui entraine le développement d’une perversion.

La pédagogie noire peut être caractérisée par les principes fondamentaux suivants :

  • Les adultes sont les maîtres des enfants.
  • C’est eux qui décident du bien et du mal.
  • La colère des adultes provient de leurs conflits,
  • cependant ils en rendent l’enfant responsable.
  • Les parents ont besoin d’être protégés.
  • Les sentiments de l’enfant pour le parent sont dangereux.
  • Il convient dès que possible d’enlever à l’enfant sa volonté propre,
  • cela doit être fait tôt de façon à ce qu’il ne s’en rende pas compte et ne puisse pas se retourner contre l’adulte. L’oppression se fait grâce à différentes méthodes, dont les pièges, les mensonges, l’isolement, la privation d’amour,…

Un certains nombre de principes erronés est transmis avec la pédagogie noire, dont :

  • Le devoir engendre l’amour.
  • La haine peut être supprimé par des interdits.
  • Les parents méritent à priori le respect.
  • Les enfants ne méritent à priori pas le respect.
  • Un sentiment élevé de sa propre valeur est nuisible, un sentiment faible mène à l’amour de ses proches.
  • La tendresse est nocive.
  • La reconnaissance simulée est une meilleure chose qu’une absence de reconnaissance.
  • L’apparence est plus importante que l’être.
  • Les parents ne peuvent supporter ne serait-ce qu’une seule injure.
  • Les parents n’ont aucune culpabilité.
  • Les parents ont toujours raison.

Les enfants élevés ainsi se sont toujours entendus dire que l’enfance a été la période la plus heureuse de leur vie. Mais quels adultes deviennent-ils ?

Si on empêche un enfant d’éprouver de la colère, l’adulte qu’il devient ne pourra pas la comprendre. Lorsqu’il la ressentira, il sera alors submergé par sa violence, ne pouvant ni la reconnaitre ni la combattre. Il deviendra alors violent. D’ailleurs de nombreux terroristes allemands proviennent de familles de pasteurs. Prendre en otage des gens pour servir des causes nobles n’est qu’une reproduction du comportement de leurs parents qui usaient du mensonge et de la violence pour les faire devenir de nobles personnes.

En outre, si on éduque les enfants à obéir aveuglément  à tous les ordres, comment pourrait-ils, une fois adulte, être autonomes ? L’armée est alors une voie toute tracée.

Quand un personnage reprend les attributs liés au père, les adultes ne voient plus que le père qu’ils n’ont plus et en oublient leur sens critique. C’est ce qui a permis à Hitler  d’arriver au pouvoir et de le garder.

pédagogie positive

Alice Miller s’est intéressée au devenir des enfants élevés par la pédagogie noire

L’enfant est également obligé de faire taire ses sentiments, ce qui l’empêche, une fois adulte, de voir les effets négatifs de son éducation. Les nazis ont commis des actes abominables dont ils étaient fiers. Cela parce qu’ils avaient été élevés à ne pas ressentir leurs sentiments et à voir comme une faiblesse ceux des autres. Ils avaient été élevés, selon les préceptes de la pédagogie noire, à prendre les désirs de leurs dirigeants pour les leurs.

C’est ainsi que s’achève la première partie de ce livre dédié à l’éducation des enfants. Nous retrouverons dans le tome 2 la suite.

C’est pour ton bien, Racines de la violence dans l’éducation de l’enfant, in l’essentiel d’Alice Miller, Alice Miller, 280 p., ed. Flammarion

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3 réflexions sur “C’est pour ton bien d’Alice Miller – 1

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